Comment devenir animateur réseau ?

Depuis quelques années, la coiffure voit naître de nouveaux métiers répondant à l’évolution de la profession, tel animateur réseau, un poste clé dans le fonctionnement des franchises et autres groupements.

Formation

Le BTS métiers de la coiffure permet d’accéder à la profession d’animateur réseau. Cependant, le peu de recul sur ce diplôme ne permet pas, pour l’instant, de mesurer son efficience réelle. « Généralement, les personnes qui occupent ce poste sont d’anciens coiffeurs en salon qui ont évolué au sein d’un groupe grâce à leur savoir-faire, leur savoir-être et leur motivation », affirme John Billy, responsable de l’animation du réséau au sein du groupe VOG.

 

Missions

Angélique Belliveau, responsable animation du réseau Hair Business Developpement spécialisé dans l’accompagnement des salons, supervise avec sa collègue animatrice plus de 80 salons situés dans l’ouest de la France. Leur spectre d’action se porte principalement sur la communication, la gestion et les ressources humaines, les trois plus importantes problématiques des chefs d’entreprise. « L’accompagnement commence par une journée d’intégration avec l’ensemble de l’équipe, puis nous avons un rendez-vous téléphonique chaque mois avec le gérant, sans compter les nombreux échanges spontanés, dévoile Angélique Belliveau. Notre objectif est d’aider les salons à mieux se connaître et donc à être plus performants. »

Au sein du groupe VOG, « les animateurs sont multimarques et contrôlent le bon respect des valeurs de chacune d’entre elles. Ils accompagnent principalement les managers dans la gestion financière et dans le management du personnel. Deux visites annuelles sont effectuées dans chaque salon pour garder un contact régulier », détaille John Billy.

 

Évolution

D’après la convention collective, le salaire d’un animateur réseau débutant est de 2 714€ brut mensuel. L’évolution est possible, notamment vers un poste de responsable réseau, car il y a quelques années ce type d’emploi n’existait pas. La profession est en pleine mutation et a besoin de personnes qualifiées pour se développer pleinement. De plus en plus de coiffeurs font le choix de sortir des salons pour exercer des fonctions dans le marketing, la communication ou la formation.

Jean-Marc Joubert, Coiffeur de l’année 2015

Volontaire et déterminé, Jean-Marc Joubert est un homme de challenges. A son actif ? La création de trois enseignes coiffure, le développement de 24 salons en France, et désormais le management de footballeurs célèbres.

Coiffure de Paris : « Quel a été votre premier contact avec le monde de la coiffure ? »

Jean-Marc Joubert : « J’ai découvert la coiffure tardivement, vers 22 ans. J’étais musicien professionnel. J’ai rencontré ma future femme qui, elle, était coiffeuse. J’ai alors passé mes diplômes. Mais, très vite, j’ai su que je ne ferai pas le métier comme les autres. »

CdP : « Quand avez-vous ouvert votre premier salon ? »

J.-M.J. : « En 1986, j’ai ouvert un espace Jean-Marc Joubert à Poitiers. En 1997, j’ai eu l’idée d’ouvrir d’autres salons, car on ne gagne de l’argent qu’au moment où d’autres personnes travaillent pour vous. Je suis devenu ambassadeur L’Oréal Professionnel. Les salons Arthur & Axel sont aussi nés à cette époque. »

CdP : « Quand avez-vous décidé de tenter l’aventure parisienne ? »

J.-M.J. : « En 2007, j’ai fondé le premier salon parisien Jean-Marc Joubert. Très rapidement, j’ai ouvert d’autres salons dans les rues stratégiques de la capitale (rue Bonaparte, Saint-Honoré et Montorgueil, rue de Rennes…). J’ai aussi eu l’opportunité d’acheter le salon Gilles Boldrom. »

CdP : « Quel est le concept de vos salons ? »

J.-M.J. : « Jean-Marc Joubert est une enseigne haut de gamme, implantée en centre-ville bien souvent. Les 17 espaces sont, à chaque fois, différents. Les quatre salons Arthur & Axel proposent des forfaits à petits prix et sont généralement implantés en retail park ou en centre-ville sur des emplacements n° 2. Le salon Gilles Boldrom se concentre sur l’éthique, mais pas uniquement. La coiffure est un métier de service. On s’adapte au besoin de la clientèle ! Un deuxième salon Gilles Boldrom vient d’ouvrir à Paris. Un troisième verra le jour dans quelques mois. »

CdP : « Qu’apportez-vous à chaque salon ? »

J.-M.J. : « J’apporte une formation comptable et juridique. Les espaces bénéficient d’une communication commune à l’enseigne, mais aussi individuelle. »

CdP : « Dans quelle zone privilégiez-vous votre développement ? »

J.-M.J. : « Je mise sur la région Ouest et Paris. »

CdP : « Vous proposez à vos managers de salons de rentrer dans le capital de l’entreprise. Pourquoi ? »

J.-M.J. :« Cela me permet de motiver et de fédérer un salarié qui ne pourrait peut-être pas investir sans mon appui. Et puis, s’il est méritant, il est normal qu’il gagne plus. On ne garde pas longtemps un bon collaborateur, si on lui propose un salaire de 1 500 € par mois. »

CdP : « Quelle est votre vision du marché de la coiffure ? »

J.-M.J :« Il n’est pas assez valorisé. Le coiffeur doit s’ouvrir et regarder le business issu d’autres domaines. Actuellement, je manage des footballeurs reconnus, dont je tairai le nom. Qui aurait pu imaginer ? Rien n’est écrit. C’est une histoire de rencontres. »

« La machine ne pourra jamais remplacer la main d’un coiffeur »

Pas de doute… A 40 ans tout juste, Fabien Provost a réussi à se faire un prénom dans le milieu de la coiffure. Entre deux éclats de rire, ce coiffeur multicasquettes nous explique sa vision optimiste du métier.

Coiffure de Paris : « Vous êtes directeur artistique de la marque Franck Provost, mais également codirecteur général du groupe Provalliance. Comment parvenez-vous à allier ces deux métiers ? »

Fabien Provost : «Je les trouve complémentaires. Je suis coiffeur. Je réalise des shows et participe à de grands événements, comme le Festival de Cannes. Mais, en parallèle, je fais partie du comité de direction du groupe et réfléchis à des axes économiques. Je gère également les salons phares des marques du groupe, comme Franck Provost, Jean-Louis David, Maniatis et La Suite Bleue.»

CdP : « Vous allez également à la rencontre de vos équipes en salons dans toute la France. Ce lien est-il important à vos yeux ? »

F.P. : «Il est même indispensable. C’est une manière de rester connecté au métier. Lorsque je visite les salons à Paris ou en province, je comprends mieux les attentes. Et puis, cela permet aussi de motiver tous nos collaborateurs et ça, j’adore !»

CdP : « Lors du Making Of, vous avez montré une grande liberté dans votre méthode de coupe. Où avez-vous appris cette technique ? »

F.P. : «C’est le résultat de plusieurs techniques acquises au cours de mon expérience ! Difficile de suivre un chemin très précis… Le cheveu n’est jamais le même, et je fonctionne beaucoup à l’instinct. Ce n’est pas vraiment ce que l’on apprend dans les écoles.»

CdP : « A ce propos, quels souvenirs gardez-vous de vos études de coiffure ? »

F.P. : «Pour ma part, je m’ennuyais en cours, et je n’avais qu’une envie : aller sur le terrain et vivre le quotidien d’un salon. C’est un métier qui s’apprend surtout en regardant l’autre, vous savez. Aujourd’hui, on choisit davantage le métier pour ce qu’il est et beaucoup moins parce qu’on a de mauvais résultats sur le bulletin de notes. C’est positif… »

CdP : « Quels conseils donneriez-vous aux jeunes élèves ? »

F.P. : «Je leur conseillerais de ne jamais rechigner au travail et de cultiver leur passion du métier. La coiffure offre beaucoup de possibilités ! Elle permet de rencontrer des gens de tout niveau social, de faire évoluer sa carrière rapidement et de voyager. Lorsque j’étais jeune, mon père ne cessait de me rappeler qu’avec uniquement un peigne et des ciseaux, le coiffeur pouvait travailler partout dans le monde. Et il avait raison !»

CdP : « Travailler dans la coiffure a-t-il été une évidence pour vous ? »

F.P. : «Pas vraiment. Je cherchais d’abord un métier qui me fasse vibrer. J’ai alors tenté la comptabilité, l’immobilier. Lorsque j’ai testé la coiffure, j’ai senti que quelque chose se passait.»

CdP : « Votre père dirige le groupe Provalliance. Votre sœur, Olivia, est codirectrice générale, directrice de la communication et du marketing. Est-ce un atout ou un inconvénient de travailler en famille ? »

F.P. : «C’est, sans aucun doute, un vrai plus ! Chacun a un domaine bien déterminé et nos rapports sont simples et francs. On essaie de travailler du mieux possible et sans pression. »

CdP : « Comment percevez-vous le métier de la coiffure ? »

F. P : «Il a beaucoup changé. Le coiffeur doit être, désormais, un bon gestionnaire et businessman. La cliente est devenue plus exigeante. Elle est surinformée en matière de tendances et sait ce qu’elle veut. Face à toutes ces évolutions, le groupe a dû, par exemple, inventer de nouveaux métiers. Ainsi, dans nos locaux, le poste de “coordinateur” est occupé par un coiffeur qui doit gérer entre 10 et 15 succursales.»

CdP : « Comment voyez-vous l’évolution du marché de la coiffure ? »

F.P : «Je suis optimiste. La  machine ne pourra jamais remplacer la main d’un coiffeur. Et la coiffure n’est pas prête d’être délocalisée !»

« La crise doit être l’occasion de rebondir et d’être inventif »

Céline Antunes s’est fait connaître en créant coiffures extravagantes. Aujourd’hui, cette acharnée de travail revendique des coiffures plus douces et plus classiques. Ambassadrice Schwarzkopf Professional, la coiffeuse grenobloise aime également défendre son métier et l’amour du travail bien fait. Rencontre…

Coiffure de Paris : « Vous animez des shows dans le monde entier, des formations et gérez, en parallèle, le salon 52e Avenue (1), dans la banlieue de Grenoble. Comment parvenez-vous à jongler avec ces différents rôles ? »

Céline Antunès : « Ce n’est pas toujours facile, surtout lorsque l’on est une femme ! Sans le soutien de mes proches, je ne pourrais pas faire ma carrière. Mon compagnon, par exemple, qui travaille dans le domaine informatique, m’aide à réaliser mes plans de communication. Mon fils de 10 ans me déniche d’excellentes musiques pour animer mes défilés. Ma mère, coiffeuse de formation, m’aide, en coulisses, à concocter les shows. Elle travaille également dans mon salon. »

CdP :« Quel est le concept de cet espace, créé il y a 14 ans ? »

C.A. : « J’ai conçu mon salon comme un appartement, en privilégiant une ambiance intimiste avec des canapés, des fauteuils cosy. J’ai ouvert le laboratoire technique à la cliente et j’ai théâtralisé la préparation de la couleur, afin de valoriser les coloristes. J’ai également souhaité la prise obligatoire de rendez-vous. Aujourd’hui, tout cela est courant, mais, croyez-moi, ce n’était pas le cas au début des années 2000. D’ailleurs, j’ai eu un peu de mal à concrétiser ce projet. »

CdP : « Pensez-vous qu’il est difficile d’être aidé, lorsque l’on veut sortir des chemins battus ? »

C.A. :« Oui, la prise de risques fait peur aux financiers. C’est triste, car cela brise les rêves des jeunes générations de coiffeurs. Notre modèle économique oblige les professionnels à reproduire ce qui a déjà été créé. Ce n’est pas logique. »

CdP : « Les écoles de coiffure préparent-elles leurs élèves à être novateurs en matière de coupes, couleurs ? »

C.A. :« Les établissements sont formatés. Je pense que les écoles n’enseignent pas toujours les techniques demandées par les clientes en salon. Il serait bon également de développer l’enseignement de l’anglais. Trop de jeunes ne maîtrisent pas cette langue. C’est pourtant un passeport indispensable pour le jeune professionnel qui souhaite travailler à l’étranger ou faire des shows internationaux. A 42 ans, j’ai dû reprendre, cette année, des cours d’anglais. »

CdP : « Quels  conseils pourriez-vous donner aux jeunes coiffeurs ? »

C.A. : « Soyez curieux, et formez-vous continuellement. Si vous avez peu de moyens ou peu de temps, les tutos disponibles sur Internet, faits par de coiffeurs renommés, sont de vrais atouts. Le métier et les techniques ont beaucoup évolué. Sachez que la coiffure demande beaucoup de disponibilité et de passion. Si ce n’est pas le cas, il est difficile de progresser et de faire correctement son métier. »

CdP : « Comment percevez-vous le marché de la coiffure, actuellement ? »

C.A. : « Aujourd’hui, la cliente est prête à payer un bon prix et à faire des kilomètres, à condition qu’on lui propose un service de qualité. Il ne faut pas la décevoir. Pour cela, il faut s’entourer de collaborateurs très professionnels, et avec de l’expérience. Mon salon, qui est situé à quelques kilomètres du centre de Grenoble, attire beaucoup de clientes issues de cette ville. Certaines viennent même de régions plus éloignées. J’en suis très fière. »

CdP : « Vous êtes donc optimiste pour l’avenir ? »

C.A. :« Certes, la cliente traditionnelle, qui venait chaque semaine pour réaliser un brushing, devient rare. La consommatrice préfère venir tous les deux mois, afin d’entretenir sa couleur. Il faut s’adapter et penser à les relancer, par exemple, par Sms ou e-mail. La période de crise doit être l’occasion pour nous, coiffeurs, de rebondir et d’être inventifs. »

« Une femme qui va chez le coiffeur prend rendez-vous avec elle-même »

A 15 ans, Eric Pfalzgraf posait comme modèle pour « Coiffure de Paris ». A tout juste 20 ans, il crée son premier salon à l’enseigne Coiffirst. Depuis, ce virtuose de la coiffure a séduit les femmes du monde entier avec son concept de « glamour naturel » et ouvert un salon par an, quatre écoles de formation, dont une en Corée et une au Japon. En 2015, il projette de créer un concept store de la coiffure. Explications…

Coiffure de Paris: « Comment est né le nom de votre enseigne Coiffirst ? »

Eric Pfalzgraf : « Mon ambition était de créer, dès le début, une marque forte. Comme j’étais très jeune et assez désargenté, ce sont des amis, stagiaires dans une agence de publicité, qui ont planché sur le nom de ma future enseigne. Coiffirst, c’est, en quelque sorte, une compétition vis-à-vis de moi-même : être first, c’est être premier sur soi-même. La cliente first est en compétition avec son propre potentiel beauté. Il s’agit d’une approche très marketing de la coiffure. Je veux que nous comprenions l’envie de la cliente pour pouvoir lui apporter ensuite les conseils d’un professionnel. Aujourd’hui, j’envisage de créer un poste de conseiller dans chaque salon, dont la mission serait d’orienter la discussion avec la cliente sur son potentiel beauté. Je rêve qu’on dise “être reçu comme chez le coiffeur” comme une référence absolue ! Une femme qui va chez le coiffeur prend rendez-vous avec elle-même. »

CdP : « Vous avez créé votre premier salon en 1989 et, depuis, vous en ouvrez un par an. Pouvez-vous nous parler de votre concept ? »

E.P. : « Avec les salons Coiffirst, je cherche à créer des lieux qui ressemblent à des intérieurs. Mon premier salon était décoré avec le mobilier de mes deux grands-mères (piano, réfrigérateur, etc.). Et tous ont une ligne commune, qui est la rencontre entre le destroy et le chic. Vous y trouvez ainsi des lustres à pampilles et des meubles authentiques, que je chine lors des ventes de mobiliers des hôtels palaces. Chaque salon est une nouvelle étape pour moi, et je suis heureux quand je vois que les salariés font visiter le salon à leur famille. Je suis touché, car cela signifie qu’ils sont fiers de travailler chez Coiffirst. »

CdP : « Vos avez des salons au Japon, en Corée et en Amérique du Sud. Comment s’organise cette expansion à l’international ? »

E.P. : « En fait, la marque se développe d’elle-même et je la guide. Les salons à l’international sont le fruit de coups de cœur de salariés qui retournent dans leur pays et veulent y créer un Coiffirst. Tous les salons ont la même ligne directrice : le «glamour naturel», qui doit s’exprimer dans un salon au luxe accessible. Le low cost est inimaginable pour un coiffeur. Même quand je coiffe gratuitement, c’est luxueux ! »

CdP : « Quels sont vos projets pour 2015 ? »

E.P. : « L’an prochain, je veux réinventer le salon de Saint-Germain à Paris, pour en faire un concept store, où les copines se donnent rendez-vous. Nous proposerons donc beaucoup de services additionnels, qui seront personnalisés pour créer toujours plus de lien avec la cliente. Après la création de restaurants, je vais travailler à la rénovation d’un ancien d’hôtel de surfeurs, sur la Côte basque. J’y proposerai un espace coiffeur avec des soins du cheveu sur plusieurs jours, comme une véritable thalasso du cheveu. Une première mondiale ! »

CdP : « On parle beaucoup de crise dans le secteur de la coiffure et vous semblez être épargné. Quel est votre secret ? »

E.P. : « Les médias véhiculent, actuellement, un climat très anxiogène. On assiste à une déprime collective, une crise de l’émerveillement, de la fantaisie, de la qualité. Mais, dès que l’on est enthousiaste et dynamique, on sort du lot. Pour moi, la crise est donc une opportunité. C’est pourquoi je milite pour un optimisme intelligent ! Le coiffeur a une carte à jouer, qui est celle de la proximité et du lien avec sa clientèle. »

« Le métier de la coiffure doit s’ouvrir à la beauté globale »

Zacharie Amougou est le chef d’orchestre de l’espace beauté L’Appart de Zach à Paris. Passionné de cheveu, cet ex-étudiant en commerce revendique haut et fort le droit de proposer des prestations de beauté globale. Rencontre avec un entrepreneur atypique…

Coiffure de Paris : « Depuis 2012, vous êtes aux manettes de L’Appart de Zach. Comment définissez-vous cet espace ? »

Zacharie Amougou : « J’ai souhaité créer un lieu qui corresponde à mes aspirations et à mon ressenti. D’une manière générale, j’aime les lieux conviviaux, de partage et d’échange. L’appart de Zac est donc conçu comme une maison. Pour cette raison, un canapé confortable a été placé à l’entrée du salon. Une grande table fait office de lieu de coupe et de coiffage au centre du salon. Volontairement, il n’y a pas de  miroir. J’estime que la cliente n’a pas besoin de se voir les cheveux mouillés et plaqués durant une coupe ! Et puis, cela facilite le dialogue avec les autres clientes présentes. »

CdP : La partie technique est, elle, placée dans le fond du salon…

Z.A. : « Oui, elle est située dans la partie « cuisine ». Dans cet endroit du salon, on trouve les bacs, une table ronde conviviale et une étagère murale ouverte baptisée « The Color Bar » qui regroupe les colorations et les soins capillaires spécifiques. Cela permet de montrer à nos clientes les différentes couleurs possibles, de comparer les teintes et d’expliquer notre choix. Ambiance cuisine oblige, des sachets de thé et une bouilloire sont bien sûr à proximité (rires). C’est aussi ici que nous parlons de relooking avec nos clientes. »

CdP : « Vos prestations ne se limitent donc pas à la coiffure ? »

Non, car nous nous devons de présenter à la femme une offre de beauté globale. Nous proposons certes, de la coupe, du coiffage, des couleurs, des balayages, des soins capillaires, mais aussi des prestations maquillage et différentes formules de relooking avec ou sans accompagnement shopping.

CdP : « Ce besoin de travailler la beauté de manière globale provient-il de votre parcours atypique ? »

Z.A. « Peut-être… C’est vrai que je n’ai pas suivi la formation traditionnelle de coiffure. Après avoir décroché mon bac à 17 ans, j’ai suivi des études de commerce à Sup de Co Bordeaux. Passionné par la beauté et plus particulièrement le cheveu, j’ai travaillé comme acheteur à la division L’Oréal Professionnel. J’ai aussi collaboré en tant que chef de production chez Publicis et dans des agences de communication. Néanmoins, très vite, j’ai ressenti le besoin de compléter le marché du cheveu avec des soins innovants non disponibles en France. C’est pour cela que j’ai créé, en 2009, le show-room de distribution « Laboratoire de beauté professionnel de Paris ». J’étais entouré de démonstrateurs-coiffeurs. L’idée de créer un espace coiffure a très vite germé. L’appart de Zach me trottait déjà dans la tête ! »

CdP : « Que vous ont apporté ces différentes collaborations ? »

Z.A. : « Cela m’a permis sans aucun doute de mieux comprendre la clientèle et les besoins du marché. Dans L’appart de Zach, nous pouvons répondre à des besoins beauté très large. Ellison Ponzman, qui a collaboré au Making Of, est, par exemple, maquilleur, coiffeur et styliste. Il connait parfaitement les tendances mode et les différents types de peaux et de cheveux. Le métier de la coiffure doit s’ouvrir à la beauté globale. Actuellement, il est beaucoup trop restrictif. »

CdP : « Où avez-vous donc appris à travailler le cheveu ? »

Z.A. : « Le cheveu a toujours fait partie de ma vie. Petit, je réalisais déjà des coiffures sur les têtes de ma mère et de ma sœur. Plus tard, grâce à Internet et à des formations de marques très innovantes, j’ai appris à travailler et à transformer le cheveu. Aujourd’hui, dans le salon, je réalise plus particulièrement des extensions, différents lissages, des couleurs et des soins spécifiques. »

CdP : « Quels sont vos projets ? »

Z.A. : « J’aimerais ouvrir un second salon à Paris ou en province. Certains professionnels du monde de la beauté implantés à l’étranger sont intéressés pour développer mon concept hors de nos frontières. Pour le moment, rien n’est encore décidé. À suivre donc… »

« Le métier de coloriste se professionnalise, et c’est une bonne nouvelle »

Frédéric Mennetrier, coloriste de renom, se définit d’abord comme un artisan. Consultant couleur pour L’Oréal Professionnel, il aime aussi bousculer les codes et les préjugés sur le métier. Rencontre avec un personnage haut en couleurs…

Il y a 3 ans, vous inauguriez L’Atelier Blanc, un endroit très conceptualisé. Pouvez-vous nous le présenter ?

Après l’ouverture d’un premier atelier en 1999 uniquement dédié à mon travail de coloriste studio, je voulais renouer avec le grand public. L’Atelier Blanc accueille donc la clientèle mais est aussi le lieu de réunions avec les agences de publicité ou les directeurs marketing des marques de cosmétiques avec qui je collabore. Aujourd’hui, l’espace accueille 3 postes de coiffage et une cabine. J’ai volontairement opté pour une mise en scène entièrement blanche car je voulais qu’elle raconte quelque chose. Tous les meubles et objets ont été chinés puis repeints. Le blanc me semble idéal pour parler couleurs.

 

Quel état des lieux faites-vous du métier de coloriste ?

Il y a 15 ans, quand j’ai commencé à étudier de près la couleur, cela n’intéressait personne. Depuis 5 ans, je remarque que le métier de coloriste se professionnalise et c’est une bonne nouvelle. On ne confond plus le coloriste avec le coiffeur. Certains comme Christophe Robin ont su se démarquer et ont fait avancer les choses. C’est très bien. Il prouve que le coloriste a une identité à part et qu’il peut mener de front de grandes entreprises.

 

Le coloriste d’aujourd’hui doit-il être également un businessman?

Bien entendu. C’est capital. Pour ma part, cela fait 28 ans que je travaille dans les cheveux. J’écoute mes envies mais je les place avant tout dans un contexte économique. Je ne suis pas un artiste mais un artisan qui sait et qui doit gérer son affaire.

 

Après 28 ans dans le domaine capillaire, votre enthousiasme pour votre métier est-il toujours intact ?

Oui, heureusement. Cela serait difficile de travailler sans cette valeur. J’aime mon métier mais aujourd’hui, j’aime aussi partager mon savoir. C’est la meilleure façon de revoir sa copie et c’est essentiel. Le coloriste doit se remettre sans cesse en question. Il doit bousculer ses neurones. Je déplore l’appauvrissement de la connaissance de certains coloristes actuels. Les marques préfèrent développer 150 nuances de coloration plutôt que de les former. C’est dommage…

 

Vous animez d’ailleurs des formations couleur pour L’Oréal Professionnel. Quelle vision du métier transmettez-vous à vos stagiaires ?

J’essaie d’aller bien au-delà des techniques de coloration. L’an dernier, lors d’un séminaire, j’ai fait intervenir une historienne qui a expliqué les définitions des mots artiste et artisanat. Une conférencière de la Sorbonne a, elle, développé la notion de la couleur. Le but est de développer le cerveau des stagiaires selon différents points de vue. Pourquoi proposer cette couleur ? Quel pinceau peut permettre de réaliser cette teinte ? Un bon coloriste doit toujours s’interroger.

 

Cette année, poursuivrez-vous votre collaboration avec L’Oréal Professionnel en tant que consultant couleur ?

Tout à fait. Comme les années précédentes, je définis, chaque saison, les gammes colorielles de la marque et propose mes It Looks Tendances Couleur.

 

Quels sont vos autres projets ?

L’Atelier Blanc est victime de son succès et devient trop petit. J’aimerais pouvoir m’installer dans un lieu plus grand et accueillir davantage de clientèle.  Avis aux investisseurs !

« Passer du temps à regarder et à écouter les clients »

Thierry Deschemin a choisi de travailler en solo dans son atelier Thiedesarts dans le XVIIe arrondissement de Paris, pour reproduire ce qu’il faisait dans le show-biz, à savoir créer une vraie relation avec ses clients. Il a partagé avec nous une vision optimiste du métier et a mis son savoir-faire à notre service pour réaliser notre making of « Wavy », une tendance qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Coiffure de Paris : « Quoi de neuf à l’atelier Thiedesarts ? »

Thierry Deschemin : « L’atelier existe depuis 6 ans. J’ai envie de lui donner un souffle nouveau avec une nouvelle décoration. Je vais commencer à y travailler en septembre pour des travaux début 2015 et une réouverture six ans jour pour jour après sa création le 1er février 2009. »

CdP : « Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre concept ? »

T.D. :  « J’ai tout de suite voulu reproduire ce que je faisais dans le show biz, ce “one to one”, m’enfermer dans une bulle de travail et emporter la personne avec moi. J’avais envie de redonner ça à ma clientèle. Et c’est pour cela que j’ai monté mon atelier en tant que coiffeur et maquilleur. »

CdP : « Vous ne seriez pas arrivé là, si ? »

T.D. : « Si je n’avais pas rencontré Jean Saberny, avec qui j’ai travaillé deux ans, qui m’a livré un savoir hallucinant. Sans lui, je ne serais pas celui que je suis aujourd’hui. Cela a été une étape de ma vie artistique très importante. C’est aussi là que j’ai rencontré Liane Foly, qui a beaucoup compté dans ma carrière, de même que, moi, je l’ai aidé à se construire. Nous sommes devenus des amis intimes. C’est une sœur, une confidente. Elle est la marraine de l’atelier, et c’est elle qui a coupé le ruban pour l’inaugurer. »  

CdP : « Quels sont les coiffeurs qui vous inspirent ? »

T.D. :« J’adore John Nollet, qui est un artiste du cheveu et de la matière, et Odile Gilbert, qui travaille la matière par rapport aux effets qu’elle veut rendre. »    

CdP : « Comment voyez-vous le métier de coiffeur aujourd’hui ? »

T.D. :« C’est un métier plutôt en souffrance, alors que le marché va plutôt bien. Nous avons la chance de travailler dans un univers intéressant, mais je trouve que les coiffeurs ont un peu perdu la réalité des choses. Ils oublient de passer du temps à regarder et à écouter leurs clients. Et à tous ceux qui me disent que j’ai de la chance, je réponds qu’il suffit de rallonger les rendez-vous, ne serait-ce que dix minutes pour prendre du  temps avec les clients, et d’augmenter un peu le prix des prestations. Car, la qualité apporte la rentabilité. Ainsi, les quatre premières années dans mon salon, je n’ai fait que de la coupe et des soins, ce qui est absolument aux antipodes des lois du marché, et pourtant mon salon fonctionnait très bien. Et, je me suis mis finalement résolu à me mettre à la technique, sous l’injonction de mes clients qui ont insisté pour que je le fasse. »  

CdP : « Comment faites-vous pour être toujours aussi enthousiaste ? »

T.D. :« C’est mon combat quotidien. Tous les jours, je me demande ce que je vais pouvoir apporter de plus en termes de créativité et d’ouverture d’esprit. »

De Medelin à Madrid

En 1990, Edouardo Sanchez, 23 ans à l’époque, arrivait à Bruxelles, avec 150 dollars en poche. Il venait de quitter sa Colombie natale et son petit salon de Medelin pour vivre son rêve en Europe. Depuis, il a fait du chemin et s’est installé à Madrid, où il vient de fonder sa propre enseigne, la maison Edouardo Sanchez. Retour sur son parcours atypique.

Coiffure de Paris : « Vous ne seriez pas arrivé là, si ? »

Edouardo Sanchez : « Si je n’avais pas décidé en 1990 de quitter la Colombie où j’étais à la tête d’un tout petit salon dans un centre commercial de Medellin, pour la Belgique où ma mère avait une amie. Je rêvais depuis longtemps de vivre en Europe, et c’est une discussion avec l’un de mes amis pianiste qui était parti étudier à Moscou avec une bourse qui m’a décidé. Je lui disais que je ne pouvais pas quitter la Colombie, car j’avais mon salon mais quand il m’a dit que j’en aurai un autre là-bas, cela m’a aidé à sauter le pas. »

CdP : « Cela n’a pas dû être facile ? »  

E.S. : «  Le plus grand pas pour moi, cela a été de traverser l’Océan avec 150 dollars en poche. J’étais complètement perdu, je n’avais pas de papiers, je ne parlais ni le français, ni l’anglais et je ne connaissais personne. C’était le vrai  parcours de l’immigré. J’ai eu mes papiers au bout d’un an et j’ai d’abord travaillé chez Olivier Dachkin, une chaîne belge, puis pour Le Salon bleu, un grand salon dans un centre commercial et ensuite pour Alain Denis qui a racheté la maison Roger, un salon très select qui coiffe la royauté belge, mais qui à l’époque avait deux salons à Bruxelles. Nous sommes encore en très bonne relation aujourd’hui, un jour j’ai regardé par la fenêtre et je me suis aperçu qu’en Belgique il faisait toujours mauvais. Je me suis dit qu’il était temps de partir à l’étranger. Je n’avais jamais pensé à aller vivre en Espagne, mais je suis tombé sur une annonce de Dessange, qui cherchait quelqu’un pour ouvrir un salon à Alicante. Je suis donc allé voir Michel Meyer, le Français qui a développé la marque dans ce pays. Il m’a testé, car il était très content de trouver quelqu’un qui parlait l’espagnol, le français et l’anglais, que j’avais appris entre temps. Et je suis parti travailler dans son salon de Porto Banis, en attendant qu’Alicante ouvre, mais cela ne se faisait pas. Et en 1997, il m’a proposé d’ouvrir le nouveau salon Dessange de 400 m2 à Madrid avec un associé qui avait fait l’investissement. Je le lui ai racheté 5 ans plus tard et j’en ai ouvert un second sous l’enseigne en 2003. Puis, en 2012, Benjamin Dessange m’a demandé d’être le directeur créatif Dessange pour le monde et le porte-parole de la marque. J’ai fait trois collections, dont une pour le festival de Cannes de l’an dernier et, le 31 décembre 2013, j’ai décidé de les quitter et de créer la maison Edouardo Sanchez. »

CdP : « Pourquoi avoir pris une telle décision, après 20 ans de collaboration ? »

E.S. : « La vie se fait par cycles. J’ai eu le poste le plus important que l’on pouvait m’offrir dans cette très belle maison que j’admire et que j’ai mis au plus haut en Espagne, mais je suis un homme qui n’aime pas rester dans sa zone de confort et de tranquillité. J’avais besoin d’écrire ma propre histoire, à la première personne. Pour moi, c’est une façon de grandir. C’est un nouveau départ.  Pendant vingt ans, nous nous sommes donné beaucoup de choses, mais j’avais perdu cet enchantement proche de celui d’une relation amoureuse, qui m’est essentiel, car je suis quelqu’un de très entier. Mais au fond, je sais qu’il reste un sentiment d’amitié des deux côtés. Dessange, c’est un monstre et moi, je ne suis qu’une petite fourmi. »

CdP : « Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous ? »

E.S. : « J’attache beaucoup d’importance aux ressources humaines. On peut avoir beaucoup de talent mais, si les gens qui travaillent avec moi depuis très longtemps – une équipe internationale de 36 personnes sur deux salons et qui parle 9 langues – ne me soutiennent pas, le salon s’écroule. Le développement de mon concept repose sur un savoir-faire, une expérience et une reconnaissance professionnelle en Espagne et à l’international et sur toutes les clientes et la presse beauté qui me font confiance. J’adore recevoir, d’où le nom maison Edouardo Sanchez, car je veux transmettre aux clientes l’impression qu’elles sont chez elles. Je vais d’ailleurs prochainement refaire le salon avec des couleurs plus organiques et des matériaux comme le bois plus chaleureux et qui me ressemblent. »    

CdP : « La coiffure, c’est une vocation pour vous ? »

E.S. : « C’est la coiffure qui m’a choisi.  Je suis le 11e d’une famille de 12 enfants. Et quand j’ai fini mes études secondaires, mon père n’était pas en très bonne santé et je ne pouvais pas aller à l’université. A ce moment-là, j’ai rencontré des coiffeurs et c’est eux qui m’ont donnée envie de faire ce métier. Mais quand j’étais petit je voulais être danseur, mais c’était impossible car c’est un métier réservé aux riches en Colombie.  Et aujourd’hui quand j’y réfléchis, je me dis que j’aurais aimé être couturier ou cuisinier ou maitre d’hôtel, car j’aime recevoir et je suis très attentif aux détails pour que les gens se sentent bien accueillis. »

CdP : « Comment avez-vous fait pour payer vos études et monter votre salon colombien ? »

E.S. : « J’ai vendu un plat colombien, le Tamal, que je fabriquais avec ma maman. J’ai aussi eu un kiosque, où je vendais de la glace. Puis, j’ai travaillé deux ans dans un salon, où des amis travaillaient aussi. Nous étions payés au pourcentage, sans salaire fixe, et il fallait travailler tous les jours jusqu’à 11 heures du soir. Mais, comme je suis un garçon très organisé, j’ai mis de l’argent de côté et j’ai pu ouvrir mon propre salon. Je l’ai vendu mais il existe toujours et à chaque fois que je vais en Colombie j’y passe. »

CdP : « Vous venez de réaliser “Love is in the hair”, votre première collection avec Léonor Greyl, dont vous êtes le représentant exclusif à Madrid. Pourquoi une telle collaboration ? »

E.S. : « Caroline Greyl, que je connais depuis longtemps et avec qui j’ai beaucoup d’affinités ne serait-ce que par le parcours de sa maman, voulait que je crée une collection coiffure pour apporter une image d’une femme urbaine, qui se coiffe et se traite les cheveux. C’est une collection intemporelle, avec des styles revisités, qui décrit le genre de femmes auxquelles l’on s’adresse. »

CdP : « Quelles sont vos sources d’inspiration ? »

E.S. : « Ma première source d’inspiration, c’est la rue. Et j’adore le cinéma, la peinture, les défilés. »

CdP : « Comment se porte la coiffure en Espagne ? »

E.S. : « Les femmes ici aiment les cheveux longs, blonds de préférence, et ne supportent pas les racines. Avec la crise, elles ont réduit leur nombre de visites, même si je m’adresse à une clientèle qui a un fort pouvoir d’achat. Ainsi, en 2004, certaines femmes venaient encore deux ou trois fois par semaine, contre une fois aujourd’hui. Et celles qui ne poussaient les portes de mes salons que pour la coupe, viennent tous les deux ou trois mois. En revanche, pour la couleur, les femmes sont plus fidèles, car elles ne supportent pas d’avoir des racines. »

CdP : « Comment voyez-vous le futur ? »

E.S. : « Je voudrais créer d’autres salons et rapporter tout ce que je sais en Colombie pour finir la boucle. Il y a un grand potentiel artistique dans ce pays où les indiens ont laissé un riche héritage. Je m’y reconnais et ma sensibilité est issue de ce monde-là. Mais, pour l’instant, je veux déjà bien implanter mon concept en Espagne. Car pour ouvrir des salons, il faut de l’argent mais surtout du personnel. » 

rencontre Rossano Ferretti

Rossano Ferretti, coiffeur globe-trotteur italien de luxe de 53 ans, fête, cette année, les 20 ans de sa marque. Il est à la tête de 20 salons, tous situés dans des villes qu’il aime, aux quatre coins du monde, sans parler de l’académie à Parme, sa région natale. Il nous dévoile sa marque, sa stratégie et surtout ses envies.

Coiffure de Paris : « Vous ne seriez pas arrivé là, si ? »

Rossano Ferretti : « Je suis né à Campegine, un minuscule village de 500 habitants,  près de Parme en Italie, où il n’y avait rien. Et je rêvais de visiter le monde entier. Depuis j’ai voyagé mentalement et physiquement toute ma vie et appris beaucoup de ses voyages. J’ai commencé à 14 ans dans le minuscule salon de ma mère, elle-même fille d’un barbier ambulant qui parcourait la campagne exerçant sans salon fixe, sur la place du village. A 14 ans, je suis entré dans une école de coiffure et à 16 ans, je suis parti à Londres, alors capitale de la coiffure, où j’ai découvert la rigueur chez Sassoon. Un an plus tard, je suis rentré en Italie et j’ai travaillé pour les défilés de Giorgio Armani, Gianfranco Ferré et Gianni Versace, et sur les shootings de grands photographes comme Avedon. Puis à 30 ans, j’ai eu envie de monter mon propre business et j’ai ouvert mon premier salon à Parme, tout en continuant à faire des shows pour les grandes marques dans le monde entier. Au cours d’une de ces journées, j’ai rencontré une espagnole et dans la foulée j’ai ouvert des salons à Madrid et puis ailleurs ensuite. »

CdP : « Vous êtes un “enfant de la balle”, comme on dit. Avez-vous jamais imaginé faire un autre métier ? »  

R.F. : « Je voulais être architecte et, finalement, j’ai développé le goût pour cela dans mon métier de coiffeur et la décoration de mes salons. Mon attirance pour la beauté a pu se reporter sur la passion pour l’harmonie, que j’ai transmise dans la beauté et le respect des cheveux, qui est la base de ma vie et de mon éthique dans le travail. »

CdP : « Vous fêtez cette année vos vingt ans d’exercice en salon, quel effet cela fait-il ? »

R.F. : « Pour moi, c’est comme si tout recommençait chaque jour. Mais cela a aussi été un long chemin à travers le monde, qui, heureusement, a contribué à faire monter la barre de l’industrie de la coiffure de luxe dans le monde  et a entrainé pas mal de révolutions. Et je pense aussi être un bon exemple pour les générations futures. »

CdP : « Vous avez ouvert votre premier salon à l’âge de 30 ans et, depuis, vous multipliez les ouvertures un peu partout dans le monde. Cela ne vous donne pas le tournis ? Ou est-ce un challenge que vous vous êtes fixé ? »

R.F. : « Avant de parler au monde, il faut se parler à soi-même et à son équipe. Et l’expérience doit d’abord partir de chez soi,  avant de l’appliquer chez les autres. C’est à Parme dans mon salon que j’ai mis en place ma méthode “Rossano Ferretti”, un concept unique de coupe et de coloration, qui met l’accent sur la beauté singulière de chacun. Et c’est ce qui a fait la différence. J’ai passé beaucoup d’années à entraîner notre équipe, environ 150 personnes, et c’est eux qui sont aujourd’hui nos ambassadeurs dans chaque salon. Nous n’ouvrons jamais un salon, sans qu’ils aient suivi une formation de 4 à 6 mois et travaillent vraiment la beauté sur mesure. Le plus important, c’est la passion. Une valeur que je partage avec mon équipe. »

CdP : « Comment faites-vous pour les faire grandir ? »

R.F. : « Je pousse mes collaborateurs à aller beaucoup plus loin qu’ils n’auraient jamais pu aller tout seul et je les aide à accomplir leurs rêves. Je ne veux pas devenir un grand businessman, mais faire progresser le niveau de la coiffure, avec tous ceux qui partagent avec moi ce rêve. »

CdP : « Il y a quelques années, vous disiez que vous vouliez vous arrêter à 25 salons. Est-ce toujours le cas, sachant que vous en avez aujourd’hui 20, un peu partout dans le monde, dont un à New-Delhi dans un hôtel de luxe, un à Los Angeles sur deux étages, un aux Maldives, qui est votre premier réseau plage Rossano Ferretti. Ils ont tous en commun d’être “là où il faut être”, c’est-à-dire sur les emplacements les plus prestigieux, toujours sur un créneau beauté globale et de luxe. »

R.F. : « Je ne sais pas encore, car aujourd’hui je suis en pourparlers avec L’Oréal Professionnel, pour franchiser mes salons en Chine et sur d’autres marchés émergents. Mais, de toute façon, ce ne sera pas une expansion exponentielle, car il est impossible de conserver le même degré de qualité en grande diffusion. »   

CdP : « Votre maison, c’est le monde, ou vous revenez un peu de tout ça ? »

R.F. : « Ma maison, c’est toujours l’endroit où je suis, mais c’est aussi pour toujours celle où est ma famille. »

CdP : « Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? »

R.F. : « La santé et l’amour de ma famille. Mais aussi de partager mon expérience pour soutenir mon industrie. J’aime aussi l’idée d’avoir pu donner une opportunité d’évoluer à tous les talents que j’ai rencontrés et de travailler avec eux, afin qu’ils se sentent appartenir à une grande famille. »

CdP : « Votre plus beau souvenir dans la coiffure ? »

R.F. : « Ma première coupe de cheveux sur ma mère. »

CdP : « Qui est-ce qui vous a appris le plus dans ce métier ? »

R.F. : « J’ai mené ma vie, ma carrière, j’ai cassé les cadres et inventé mon propre style et ma méthode, en partant de mon rêve qui était de changer l’expérience de la beauté. Mais, j’ai aussi beaucoup appris et je continue, d’ailleurs, à apprendre de chaque personne que je rencontre dans le monde. A chaque fois, j’intègre cette expérience dans mon propre style. Tout est dans la customisation. »

CdP : « Quels sont les secrets de la méthode Rossano Ferretti ? »  

R.F. : « La méthode, que j’ai inventée il y a vingt ans et qui est en perpétuelle évolution, consiste à couper le cheveu en fonction de leur chute naturelle. Mais, plus globalement, elle permet aux coiffeurs de s’exprimer, tout en garantissant aux clients une coupe qui ne se voit pas, mais tombe parfaitement. »

CdP : « Etes-vous un vrai perfectionniste ? »

R.F. : « Pire, je suis un maniaque. »  

CdP : Comment situez-vous la coiffure italienne sur la scène internationale ? Et la coiffure française ? A-t-elle, d’après vous, un avenir et encourageriez-vous les coiffeurs français à s’exporter ailleurs, comme vous le faites vous-même ? »

R.F. : « Il n’y a pas de coiffure italienne ou française ou chinoise. Il y a le monde, et c’est ça l’opportunité… Il faut savoir saisir le moment. »

CdP : « Comptez-vous vous arrêter là, ou avez-vous d’autres projets ? »

R.F. : « J’ai plein de projets, mais surtout j’espère pouvoir aider la nouvelle génération à rêver d’intégrer ce fabuleux métier. J’ai envie que les jeunes viennent à la coiffure par envie, et non plus par dépit. Il faut remettre du rêve dans ce métier. C’est ce qui me fait courir. »