It's Nice 07/2014



© Alfred Cromback

Nice l’estivale n’a pas fait voler en éclats tous les repères du conformisme du Grand Sud, mais on y sent, cependant, comme un vent de jeunesse et de nouveauté, notamment du côté des coiffeurs, qui y ont, pour certains, les atouts des grands.

A Nice, tout part et tout revient à la mer. Il y a, bien sûr, la Promenade des Anglais, fréquentée par les riches touristes de passage, mais aussi et surtout, à côté de la pimpante place Garibaldi restaurée, le quartier du « petit Marais », à côté du port. C’est l’une des nouvelles destinations branchées de la ville, avec ses restaurants et ses bars, dont le « Comptoir central électrique » qui, comme son nom l’indique, est installé dans les anciens locaux d’un magasin d’électricité, et en joue avec ses suspensions d’ampoules et ses pierres apparentes.

Matthieu Mari, de MV Coiffure, tatouages, chaussures cloutées, barbichette poivre et sel et très belle gestuelle, a préféré, quant à lui, une déco plus glamour, avec lustre à pampilles en vitrine, table précieuse à l’entrée, canapé baroque  et murs peints dans un savant dégradé du noir au rose. Il est installé dans le quartier depuis les années 1980 et regarde toute cette agitation avec calme. Car, sauf exception, contrairement à ce qui se fait généralement en ville, il reçoit sur rendez-vous. « Nous travaillons à deux depuis 13 ans et, sauf exception, je ne peux pas recevoir les gens de passage, dit-il. Car, nous avons une clientèle fidèle de tous les âges, qui sait en général ce qu’elle veut. » C’est si vrai que, depuis quelques temps, pas mal de clientes arrivent avec des photos de modèles sur leurs téléphones portables. Pas forcément évident de répondre à une demande de ce type, surtout quand les clients n’ont ni les cheveux ni le physique adéquat. Matthieu Mari s’en amuse et leur demande si elles veulent aussi ces beaux yeux bleus, tout en leur proposant avec subtilité quelque chose de plus adapté. 

Chez Kult, qui a fêté ses cinq ans en avril dernier, Magalie Severin, à la tête de ce salon avec Daniel Lemoine, refuse aussi fermement les demandes trop en décalage avec la réalité. Ce qui n’empêche pas le salon, dont la décoration d’inspiration vintage d’inspiration américaine, avec ses authentiques fauteuils de barbier, son mur de brique, son comptoir en forme de voiture et ses posters de vedettes, d’être résolument branché. « Nous avons tout cassé ici, en s’inspirant de nos voyages, explique Magalie Séverin. Nous avons, d’ailleurs, envie d’ouvrir une affaire aux Etats-Unis, mais on verra. » En attendant, la jeune femme, qui a fait ses premières armes chez Rock Descoiffeur dans le vieux Nice, un salon qui marchait très fort, mais a dû fermer pour cause de gestion défaillante, a visiblement les pieds bien sur terre. La preuve ? En à peine 5 ans, Kult, qui avait démarré dans un petit local près du lycée avec un seul collaborateur, a déménagé pour le salon actuel sur l’artère principale de la ville, où la mairie a créé une coulée verte et un tramway rutilant, travaille désormais avec 8 personnes, dont 2 apprentis. Tout le monde est polyvalent et régulièrement formé chez Toni & Guy à Paris. Et, l’an prochain, Magalie Severin aimerait bien aller suivre une formation chez Vidal Sassoon à Londres. « Nous sommes hyper exigeants sur l’accueil, la qualité et le service et il n’est pas question que les apprentis travaillent sur la clientèle sans être formés, car nous avons une image de qualité à respecter, dit-elle. Ils doivent d’abord s’entrainer sur des modèles, leur famille ou leurs amis, avec qui ils viennent au salon, et je les forme. » Autre point important pour cette femme de tête, qui veille aussi à offrir les dernières revues et un service de boissons gratuites : travailler en harmonie avec ses collaborateurs. « J’essaie aussi de créer une bonne ambiance et une osmose entre les gens qui travaillent ici », ajoute-t-elle. Les sourires affichés sur tous les visages, collaborateurs comme clients, une majorité de jeunes entre 20 et 30 ans, se passent de commentaires.

Même exigence de qualité chez Lucie Mendès de « By Lucie Mendès », un salon un peu plus classique, mais très dynamique, au vu de l’agitation qui y règne en ce début d’après-midi d’avril. Lucie Mendès l’a ouvert en juillet 2008, après avoir passé 20 ans chez Jean-Louis Valere, avec lequel elle s’était finalement associé. « J’étais très bien dans le groupe, mais j’avais envie de créer mon concept, explique-t-elle tout sourire, en gardant un œil sur tout, malgré le brouhaha incessant et les multiples sollicitations dont elle fait l’objet. J’ai donc repris ce salon qui était en chute. » Elle y a débuté avec 4 personnes et ils sont aujourd’hui 7, une équipe stable (dont une responsable), avec laquelle elle travaille depuis le début et qu’elle forme régulièrement sur place ou dans les locaux de L’Oréal Professionnel à Nice. « J’ai une équipe formidable sur laquelle je peux compter et c’est la clef du succès, explique-t-elle. Nous travaillons en étroite collaboration et, souvent, je fais intervenir l’un ou l’autre pour avoir un avis ou un regard différent. » Déjà une très belle expérience humaine pour Lucie Mendès, qui dit avoir une très bonne relation avec ses collaborateurs et un vrai plaisir à satisfaire sa clientèle. Autre particularité du salon où tout le monde est polyvalent et qui travaille sans rendez-vous du lundi au samedi : la coupe sur cheveux secs et les conseils pour se recoiffer, avec des taux de revente plutôt dans la moyenne haute de 10 à 12 %.

Chez Eric Zemmour, coiffeur ambassadeur L’Oréal Professionnel, le taux de revente se porte bien aussi dans ses trois salons niçois. « Nous avons un vrai concept, pas ostentatoire, avec de la coiffure et de l’esthétique et des forfaits tout compris, pour pouvoir décliner de la vente derrière », dit-il. Le tout est mis en scène, avec notamment de vastes cabines de soin Carita et Shue Uemura. Pour les faire connaître et donner envie aux clients de s’en servir, il a créé des prix d’appel, comme le forfait « Initiation », un soin à 15 €. Un positionnement clair, qui lui a aussi permis d’ouvrir en propre, en association ou en franchise, des salons à Menton, Cannes, Avignon, Aix-en-Provence, Narbonne,  Avignon, Bordeaux, Tunis et Djedda, où il implante en master franchise la maison de beauté Eric Zemmour sur 500 m2. Son slogan : « Vous êtes une équipe, venez rejoindre un groupe. » Celui-ci comprend aujourd’hui 100 personnes actives, produit deux collections par an et a une belle notoriété, au-delà des frontières de l’Hexagone. « J’ai travaillé pour M6 sur “Panique chez le coiffeur” et “Belle toute nue”, et cela m’a beaucoup aidé à grandir et à fédérer des gens », explique-t-il. Autres nouveautés : son site pour acheter des produits et des services tout compris, comme « l’homme parfait » ou « la femme idéale » ; et le bar à ongles, un comptoir situé juste en face de son salon au centre de l’allée de Cap 3000, à Saint-Laurent-du-Var, le grand centre commercial de la région. Avec, là aussi, des prix d’appel à 3 € pour un simple coup de lime et 5 € pour une pose de vernis, sans préparation. « L’Oréal Professionnel est un partenaire très important pour moi, ajoute-t-il. Grâce à eux, je n’ai plus le complexe du coiffeur de province. Et, avec le temps, je ne regrette plus de ne pas m’être installé à Paris. J’avance et j’essaie de grandir, bien que plus doucement maintenant, car on vend du luxe et, ici, il n’y pas tant de place pour cela, à part Dessange. »    

Bénédicte de Valicourt

Alias, passionné

Patrick Masset, d’« Alias », s’en amuse. Il y a quelques semaines, il a été sollicité par Sophie Davant pour coiffer la présentatrice de l’émission « Toute une histoire » de France 2, qui cherchait un salon à Nice spécialisé dans le relooking, sa spécialité. L’équipe a tourné sur place. Plutôt divertissant pour ce coiffeur originaire de Boulogne-sur-mer, qui a fait ses premiers pas dans la coiffure en 1982 dans le Nord, chez Michel Dervyn. Puis, il a bourlingué de Val-d’Isère à Nice, où il a finalement posé ses valises chez Dessange pendant 17 ans, avant de passer deux ans chez Eric Zemmour, qu’il a aidé à ouvrir le salon du centre commercial Cap 3000, avant de se décider à voler de ses propres ailes. Mais, il a dû d’abord repasser par la case étude pour achever son Brevet professionnel et pouvoir, enfin, faire les choses à sa manière, avec ses trois salariés dont un apprenti. De la décoration du salon, qu’il a imaginée lui-même, dans un savant mélange de métal, de bois et de pierre, en passant par le travail au salon, où il s’est spécialisé dans le relooking, les chignons, le lissage et les extensions. Il n’a, cependant, pas peur de refuser des services, s’il juge que c’est nécessaire, pour éviter de faire du mauvais travail. « Je suis trop passionné pour cela », dit-il. Il a également introduit une offre coloration un peu différente avec les colorations fugaces de Sébastian, et la coloration d’oxydation, à base végétale de Naturalmente, qui lance également cette année une coloration aux plantes totalement végétale à laquelle il compte bien se mettre, dès qu’il aura trouvé le temps de se former.

 

Jean-Louis Valere, recentré

Jean-Louis Foissy a créé l’enseigne « Jean-Louis Valere », jusqu’à 8 salons et 45 collaborateurs en 1988. Cela a été le groupe le plus important du Sud-Est, avant qu’il ne cède une partie de ses salons à ses collaborateurs, qui souhaitaient créer leur propre enseigne. « C’est important de respecter le choix de chacun, explique-t-il. Pendant 25 ans, j’ai eu une politique de formation très importante pour le groupe, qui était très familial et que j’avais monté avec ma femme qui est décédée. » Il s’est, depuis, recentré sur ses trois salons niçois, qui offrent de la coiffure et de l’esthétique. Ils sont ouverts du lundi au samedi, reçoivent sans rendez-vous, et tournent avec des équipes de 5 ou 6 personnes. Son truc ? Il n’a pas de téléphone, a mis en place des prix d’appel compétitifs et propose des formules tout compris.

 

Acte 2, fait main

Chaises en plexiglas coloré, murs orange, rose pétard ou zébrés, vélo suspendu au plafond, fauteuils pivotants en forme de main et grands miroirs posés à même le sol. « Acte 2 », le salon de Franck Picaud, une figure du vieux Nice, un charmant village en plein centre, ne ressemble à aucun autre. Normal, c’est lui et son équipe, qui a tout fait du sol au plafond en deux week-ends, et c’est très réussi. « Nous sommes 4 dans le salon, uniquement des gens qualifiés, explique Franck Picaud. Chacun gère son planning en toute autonomie, car je table sur la confiance et l’indépendance. C’est un échange. » Un mode de fonctionnement « cool », que Franck Picaud a appris chez ses anciens patrons du salon Le Cube et qui lui convient parfaitement. Et ravit également sa clientèle, de 7 à 86 ans, qui apprécie l’ambiance familiale et bon enfant du salon, pourtant très tendance.




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