Un homme sans frontière

rencontre Rossano Ferretti 07/2014



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Rossano Ferretti, coiffeur globe-trotteur italien de luxe de 53 ans, fête, cette année, les 20 ans de sa marque. Il est à la tête de 20 salons, tous situés dans des villes qu’il aime, aux quatre coins du monde, sans parler de l’académie à Parme, sa région natale. Il nous dévoile sa marque, sa stratégie et surtout ses envies.

Coiffure de Paris : « Vous ne seriez pas arrivé là, si ? »

Rossano Ferretti : « Je suis né à Campegine, un minuscule village de 500 habitants,  près de Parme en Italie, où il n’y avait rien. Et je rêvais de visiter le monde entier. Depuis j’ai voyagé mentalement et physiquement toute ma vie et appris beaucoup de ses voyages. J’ai commencé à 14 ans dans le minuscule salon de ma mère, elle-même fille d’un barbier ambulant qui parcourait la campagne exerçant sans salon fixe, sur la place du village. A 14 ans, je suis entré dans une école de coiffure et à 16 ans, je suis parti à Londres, alors capitale de la coiffure, où j’ai découvert la rigueur chez Sassoon. Un an plus tard, je suis rentré en Italie et j’ai travaillé pour les défilés de Giorgio Armani, Gianfranco Ferré et Gianni Versace, et sur les shootings de grands photographes comme Avedon. Puis à 30 ans, j’ai eu envie de monter mon propre business et j’ai ouvert mon premier salon à Parme, tout en continuant à faire des shows pour les grandes marques dans le monde entier. Au cours d’une de ces journées, j’ai rencontré une espagnole et dans la foulée j’ai ouvert des salons à Madrid et puis ailleurs ensuite. »

CdP : « Vous êtes un “enfant de la balle”, comme on dit. Avez-vous jamais imaginé faire un autre métier ? »  

R.F. : « Je voulais être architecte et, finalement, j’ai développé le goût pour cela dans mon métier de coiffeur et la décoration de mes salons. Mon attirance pour la beauté a pu se reporter sur la passion pour l’harmonie, que j’ai transmise dans la beauté et le respect des cheveux, qui est la base de ma vie et de mon éthique dans le travail. »

CdP : « Vous fêtez cette année vos vingt ans d’exercice en salon, quel effet cela fait-il ? »

R.F. : « Pour moi, c’est comme si tout recommençait chaque jour. Mais cela a aussi été un long chemin à travers le monde, qui, heureusement, a contribué à faire monter la barre de l’industrie de la coiffure de luxe dans le monde  et a entrainé pas mal de révolutions. Et je pense aussi être un bon exemple pour les générations futures. »

CdP : « Vous avez ouvert votre premier salon à l’âge de 30 ans et, depuis, vous multipliez les ouvertures un peu partout dans le monde. Cela ne vous donne pas le tournis ? Ou est-ce un challenge que vous vous êtes fixé ? »

R.F. : « Avant de parler au monde, il faut se parler à soi-même et à son équipe. Et l’expérience doit d’abord partir de chez soi,  avant de l’appliquer chez les autres. C’est à Parme dans mon salon que j’ai mis en place ma méthode “Rossano Ferretti”, un concept unique de coupe et de coloration, qui met l’accent sur la beauté singulière de chacun. Et c’est ce qui a fait la différence. J’ai passé beaucoup d’années à entraîner notre équipe, environ 150 personnes, et c’est eux qui sont aujourd’hui nos ambassadeurs dans chaque salon. Nous n’ouvrons jamais un salon, sans qu’ils aient suivi une formation de 4 à 6 mois et travaillent vraiment la beauté sur mesure. Le plus important, c’est la passion. Une valeur que je partage avec mon équipe. »

CdP : « Comment faites-vous pour les faire grandir ? »

R.F. : « Je pousse mes collaborateurs à aller beaucoup plus loin qu’ils n’auraient jamais pu aller tout seul et je les aide à accomplir leurs rêves. Je ne veux pas devenir un grand businessman, mais faire progresser le niveau de la coiffure, avec tous ceux qui partagent avec moi ce rêve. »

CdP : « Il y a quelques années, vous disiez que vous vouliez vous arrêter à 25 salons. Est-ce toujours le cas, sachant que vous en avez aujourd’hui 20, un peu partout dans le monde, dont un à New-Delhi dans un hôtel de luxe, un à Los Angeles sur deux étages, un aux Maldives, qui est votre premier réseau plage Rossano Ferretti. Ils ont tous en commun d’être “là où il faut être”, c’est-à-dire sur les emplacements les plus prestigieux, toujours sur un créneau beauté globale et de luxe. »

R.F. : « Je ne sais pas encore, car aujourd’hui je suis en pourparlers avec L’Oréal Professionnel, pour franchiser mes salons en Chine et sur d’autres marchés émergents. Mais, de toute façon, ce ne sera pas une expansion exponentielle, car il est impossible de conserver le même degré de qualité en grande diffusion. »   

CdP : « Votre maison, c’est le monde, ou vous revenez un peu de tout ça ? »

R.F. : « Ma maison, c’est toujours l’endroit où je suis, mais c’est aussi pour toujours celle où est ma famille. »

CdP : « Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? »

R.F. : « La santé et l’amour de ma famille. Mais aussi de partager mon expérience pour soutenir mon industrie. J’aime aussi l’idée d’avoir pu donner une opportunité d’évoluer à tous les talents que j’ai rencontrés et de travailler avec eux, afin qu’ils se sentent appartenir à une grande famille. »

CdP : « Votre plus beau souvenir dans la coiffure ? »

R.F. : « Ma première coupe de cheveux sur ma mère. »

CdP : « Qui est-ce qui vous a appris le plus dans ce métier ? »

R.F. : « J’ai mené ma vie, ma carrière, j’ai cassé les cadres et inventé mon propre style et ma méthode, en partant de mon rêve qui était de changer l’expérience de la beauté. Mais, j’ai aussi beaucoup appris et je continue, d’ailleurs, à apprendre de chaque personne que je rencontre dans le monde. A chaque fois, j’intègre cette expérience dans mon propre style. Tout est dans la customisation. »

CdP : « Quels sont les secrets de la méthode Rossano Ferretti ? »  

R.F. : « La méthode, que j’ai inventée il y a vingt ans et qui est en perpétuelle évolution, consiste à couper le cheveu en fonction de leur chute naturelle. Mais, plus globalement, elle permet aux coiffeurs de s’exprimer, tout en garantissant aux clients une coupe qui ne se voit pas, mais tombe parfaitement. »

CdP : « Etes-vous un vrai perfectionniste ? »

R.F. : « Pire, je suis un maniaque. »  

CdP : Comment situez-vous la coiffure italienne sur la scène internationale ? Et la coiffure française ? A-t-elle, d’après vous, un avenir et encourageriez-vous les coiffeurs français à s’exporter ailleurs, comme vous le faites vous-même ? »

R.F. : « Il n’y a pas de coiffure italienne ou française ou chinoise. Il y a le monde, et c’est ça l’opportunité... Il faut savoir saisir le moment. »

CdP : « Comptez-vous vous arrêter là, ou avez-vous d’autres projets ? »

R.F. : « J’ai plein de projets, mais surtout j’espère pouvoir aider la nouvelle génération à rêver d’intégrer ce fabuleux métier. J’ai envie que les jeunes viennent à la coiffure par envie, et non plus par dépit. Il faut remettre du rêve dans ce métier. C’est ce qui me fait courir. »

propos recueillis par Bénédicte de Valicourt



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