Orlando Pita

Le coiffeur new-yorkais en vue  02/2014



Orlando Pita vient de fêter son trentième anniversaire dans le métier. Ce qui n’empêche pas cet autodidacte, devenu coiffeur studio pour les plus grands magazines internationaux et les backstage des défilés et l’un des coiffeurs de stars les plus en vue et les plus chers de New York, de ne jamais regarder en arrière.

Coiffure de Paris : « Vous ne seriez pas arrivé là si ? »

Orlando Pita : « Je suis né à Cuba et je suis arrivé aux Etats-Unis à l’âge de 4 ans. J’ai fait ma première coupe de cheveux à 14 ans sur mon frère. Nous avons pris l’habitude de nous faire des coupes l’un à l’autre, car nous détestions celles que nous faisaient les coiffeurs. Mais, un jour, je l’ai complètement raté… et il ne m’a pas laissé le toucher pendant un moment. Heureusement, ma grand-mère m’a donné ma dernière chance. Et ça m’a donné envie d’apprendre. Je me suis entraîné tout seul, et je me suis aperçu que c’est difficile de bien couper les cheveux, alors qu’a priori cela paraît simple. Je n’ai pourtant jamais suivi le moindre cours formel ou travaillé dans un salon, avant d’avoir le mien. »

CdP : « Comment avez-vous progressé ? »

O. P. : « J’ai eu ma première chance à 21 ans. Mon frère était assistant d’un photographe de mode à New York et le coiffeur n’a pas pu venir. Ils n’ont pas pu trouver un remplaçant en si peu de temps, mon frère m’a donc appelé et je suis venu faire le remplacement. Je n’avais pas de licence, mais ce n’est pas obligatoire aux Etats-Unis, si on n’a pas de salon. Je me suis dit, tant que tu n’as pas besoin de licence, tu essaies six mois et, ensuite, tu verras. C’était en janvier 1984. Et, depuis, je n’ai pas arrêté. J’ai fêté mon trentième anniversaire dans le métier le mois dernier. Je ne regarde pas en arrière. »

CdP : « Qu’est-ce qui vous fait continuer, après 30 ans de métier ? »

O. P. : « Le fait que je travaille encore. Aussi bien au salon, où je coupe les cheveux, que pour des magazines ou des shows de mode et que je sois toujours d’actualité. C’est ce qui me motive. »

CdP : « Parlez-nous de votre salon new-yorkais… »

O. P. : « Le salon a ouvert il y a neuf ans. Il y a vingt ans, alors que je voyageais beaucoup comme coiffeur studio pour les défilés ou pour mes nombreuses collaborations avec les plus grands magazines de mode internationaux, je me suis aperçu que couper les cheveux me manquait. J’ai eu envie de revenir à ce métier pour Monsieur et Madame Tout le monde, et plus seulement pour les modèles. Et, en 2004, j’ai ouvert le Orlo salon. » 

CdP : « Comment est la vie au salon ? »

O. P. : « Le salon est privé, intime et drôle. Avec les cinq autres coiffeurs, nous ne fonctionnons pas comme une entreprise, mais plutôt comme un studio. »

CdP : « Comment managez-vous votre salon ? »

O. P. : « Il y a pas mal de salons ici, où les gens sont obligés de s’habiller tout en noir. Nous, au contraire, nous encourageons nos collaborateurs à trouver leur propre personnalité. Nos clients viennent chez nous pour avoir un look unique, qui ne peut être réalisé que par des coiffeurs qui ont su développer leur propre style. Même pour les coupes ou les colorations, nous ne travaillons jamais à l’emporte-pièce et nous évitons tout ce qui est attendu. »  

CdP : « Quel a été le plus gros challenge de votre carrière ? »

O.P. : «  Comme je suis autodidacte, je me sens toujours moins bien que les autres. Ce handicap m’a toujours poussé à obtenir plus de succès. Il fallait absolument que je réussisse, et c’est ce qui m’a donné ma force. A l’époque pour moi, c’était vraiment un défi. »

CdP : « Qu’est-ce qui a été le plus gratifiant pour vous ? »

O.P. : « Mon travail est un travail d’équipe. Et je suis content d’avoir réussi à travailler en harmonie avec tous ces gens talentueux, coiffeurs, photographes, maquilleurs. C’est un effort très gratifiant. »

CdP : « Dans votre carrière, qu’est-ce qui vous a semblé le plus drôle ? »

O.P. : « J’ai travaillé avec Madonna au milieu des années 1990. C’était très particulier. Elle voulait tout le temps changer de look et était toujours ouverte à quelque chose de nouveau, alors que la plupart des gens ont peur de ça. Je l’ai coiffé pour des vidéos comme “Human nature”,  ou “Take a Bow”. C’était très intéressant de pouvoir exprimer ma créativité de cette façon-là. Comme vous savez, c’est Madonna, et Madonna est toujours en train de se réinventer. »

CdP : « Comment définiriez-vous la coiffure américaine ? »

O.P. : « Notre monde est tellement international, surtout avec Internet, et tout le monde est tellement connecté. Aussi je ne pense pas qu’il y ait un style spécialement américain. La coiffure est internationale. »

CdP : « Où trouvez-vous votre inspiration ? »

O.P. : « Partout, un immeuble, un interrupteur. Quand vous êtes passionné par votre travail comme je le suis, vous avez juste à être là et à laisser l’inspiration venir naturellement. Par exemple, à l’instant même, je suis en train de regarder par la fenêtre un drapeau qui flotte au vent. Il y a un certain style dans sa façon de flotter. Je peux m’en inspirer pour créer un look. Pendant les shows, vous ne savez pas comment seront les collections. C’est la même chose au salon. Vous rencontrez votre client, et vous devez évaluer, en cinq minutes, ce qui sera le mieux pour lui. Juste être dans l’instant. »

CdP : « Que faites-vous à vos heures perdues ? »

O.P. : « Je me détache de tout. Nous avons une maison de campagne sans téléphone portable. J’y vis en reclus, entouré de mes chiens et de ma famille, et je cuisine. C’est très important, pour moi, de décrocher. »

CdP : « Quel est votre défi pour les années qui viennent ? »

O.P. : « Je suis quelqu’un qui vis dans le présent. Je n’ai aucune nostalgie. J’espère seulement que, dans les vingt prochaines années, la marque sera vingt fois plus forte que ce qu’elle est aujourd’hui. »

Propos recueillis par Bénédicte de Valicourt

www.orlandopita.com




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