« Une femme qui va chez le coiffeur prend rendez-vous avec elle-même » 12/2014


© Régis Grman

Eric Pfalzgraf : « La cliente first est en compétition avec son propre potentiel beauté. Il s’agit d’une approche très marketing de la coiffure. »

A 15 ans, Eric Pfalzgraf posait comme modèle pour « Coiffure de Paris ». A tout juste 20 ans, il crée son premier salon à l'enseigne Coiffirst. Depuis, ce virtuose de la coiffure a séduit les femmes du monde entier avec son concept de « glamour naturel » et ouvert un salon par an, quatre écoles de formation, dont une en Corée et une au Japon. En 2015, il projette de créer un concept store de la coiffure. Explications...

Coiffure de Paris: « Comment est né le nom de votre enseigne Coiffirst ? »

Eric Pfalzgraf : « Mon ambition était de créer, dès le début, une marque forte. Comme j’étais très jeune et assez désargenté, ce sont des amis, stagiaires dans une agence de publicité, qui ont planché sur le nom de ma future enseigne. Coiffirst, c’est, en quelque sorte, une compétition vis-à-vis de moi-même : être first, c’est être premier sur soi-même. La cliente first est en compétition avec son propre potentiel beauté. Il s’agit d’une approche très marketing de la coiffure. Je veux que nous comprenions l’envie de la cliente pour pouvoir lui apporter ensuite les conseils d’un professionnel. Aujourd’hui, j’envisage de créer un poste de conseiller dans chaque salon, dont la mission serait d’orienter la discussion avec la cliente sur son potentiel beauté. Je rêve qu’on dise “être reçu comme chez le coiffeur” comme une référence absolue ! Une femme qui va chez le coiffeur prend rendez-vous avec elle-même. »

CdP : « Vous avez créé votre premier salon en 1989 et, depuis, vous en ouvrez un par an. Pouvez-vous nous parler de votre concept ? »

E.P. : « Avec les salons Coiffirst, je cherche à créer des lieux qui ressemblent à des intérieurs. Mon premier salon était décoré avec le mobilier de mes deux grands-mères (piano, réfrigérateur, etc.). Et tous ont une ligne commune, qui est la rencontre entre le destroy et le chic. Vous y trouvez ainsi des lustres à pampilles et des meubles authentiques, que je chine lors des ventes de mobiliers des hôtels palaces. Chaque salon est une nouvelle étape pour moi, et je suis heureux quand je vois que les salariés font visiter le salon à leur famille. Je suis touché, car cela signifie qu’ils sont fiers de travailler chez Coiffirst. »

CdP : « Vos avez des salons au Japon, en Corée et en Amérique du Sud. Comment s'organise cette expansion à l'international ? »

E.P. : « En fait, la marque se développe d’elle-même et je la guide. Les salons à l’international sont le fruit de coups de cœur de salariés qui retournent dans leur pays et veulent y créer un Coiffirst. Tous les salons ont la même ligne directrice : le «glamour naturel», qui doit s’exprimer dans un salon au luxe accessible. Le low cost est inimaginable pour un coiffeur. Même quand je coiffe gratuitement, c’est luxueux ! »

CdP : « Quels sont vos projets pour 2015 ? »

E.P. : « L’an prochain, je veux réinventer le salon de Saint-Germain à Paris, pour en faire un concept store, où les copines se donnent rendez-vous. Nous proposerons donc beaucoup de services additionnels, qui seront personnalisés pour créer toujours plus de lien avec la cliente. Après la création de restaurants, je vais travailler à la rénovation d’un ancien d’hôtel de surfeurs, sur la Côte basque. J’y proposerai un espace coiffeur avec des soins du cheveu sur plusieurs jours, comme une véritable thalasso du cheveu. Une première mondiale ! »

CdP : « On parle beaucoup de crise dans le secteur de la coiffure et vous semblez être épargné. Quel est votre secret ? »

E.P. : « Les médias véhiculent, actuellement, un climat très anxiogène. On assiste à une déprime collective, une crise de l’émerveillement, de la fantaisie, de la qualité. Mais, dès que l’on est enthousiaste et dynamique, on sort du lot. Pour moi, la crise est donc une opportunité. C’est pourquoi je milite pour un optimisme intelligent ! Le coiffeur a une carte à jouer, qui est celle de la proximité et du lien avec sa clientèle. »

Propos recueillis par Emmanuelle Evina

BIO EXPRESS

• 1988 : création de la marque Coiffirst pour sa toute première activité de conciergerie de luxe de coiffure. L'été, Eric Pfalzgraf coiffe les stars sur la plage de Saint-Tropez, sur leurs yatchs, dans leurs villas.

• 1989 : ouverture du premier salon à Strasbourg, sa ville natale. Le salon existe toujours, car, explique Eric Pfalzgraf, « le sur-mesure que je propose aux clientes, je le pratique aussi avec le personnel, donc il m'est très fidèle ».

• 1996 : le rêve devient réalité, avec l'ouverture du premier salon Coiffirst parisien sur 200 m2, rue Montorgueil dans le IIe arrondissement.

• 2001 : première ouverture d'un salon Coiffirst à l'étranger, en l'occurrence au Japon (10 unités, actuellement), puis en Corée du Sud (10 unités, actuellement).

• 2004 : ouverture de la maison de coiffure Coiffirst sur 1 000 m2 dans les anciens bains-douches de Saint-Germain-des-Prés à Paris.

• 2013 : ouverture du flagship international français (500 m2) rue du Faubourg Saint-Honoré, à proximité de l'Elysée.

 

CEUX QUI COMPTENT ET QUI L'INSPIRENT

Pour faire de ses salons des lieux de vie ressemblant à des intérieurs, Eric Pfalzgraf trouve son inspiration dans l'univers des créateurs de vêtements, mais aussi dans des bars et restaurants à la mode. « Je note des détails, des bonnes idées dans la décoration, que j'adapte ensuite dans mes salons, en y apportant ma touche personnelle », dit-il.

Autres sources d'inspiration pour ce coiffeur émérite : les personnalités qui témoignent d'une grande capacité à comprendre leur époque. « La modernité, c'est comprendre son époque, car celle-ci a toujours raison, affirme-t-il. Ainsi, j'ai beaucoup d'admiration pour Karl Lagerfeld, qui a su passer d'un mode totalement élitiste à ses débuts, à créateur de collections pour H&M aujourd'hui. J'adorerais aussi rencontrer Richard Branson, pdg de Virgin. C'est un extraordinaire hommes d'affaires, mais plein de la fantaisie. Il a su fédérer un véritable état d'esprit Virgin. Ses salariés l'adorent. Pour moi, c'est une leçon. » Certains hommes d'affaires, comme Jean-Antoine Granjon, fondateur de vente-privée.com, forcent également son admiration. « Je l'ai entendu parler de sa difficulté à gérer la croissance à ses débuts, puis de sa difficulté à rester milliardaire. Pour lui, rien n'est donc simple et il se remet constamment en question. C'est un formidable état d'esprit », conclut-il.




Inscrivez-vous et recevez gratuitement chaque semaine la newsletter de Coiffure de Paris