Mehdi Gonzalez

Le coiffeur 
des femmes 
en galère 05/2013




Sans Mehdi Gonzalez, le salon social Joséphine, ouvert le 8 mars 2011 près de Barbès à Paris par Lucia Iraci, une coiffeuse de renom au grand cœur, ne serait pas tout à fait le même. Il y a apporté sa douceur et son professionnalisme de coiffeur aguerri. Entretien.

Coiffure de Paris : « Vous ne seriez pas arrivé là, si... ? »

Mehdi Gonzalez : « Si je n’avais pas vu, il y a deux ans, des reportages sur le salon Joséphine à la télévision. Cela m’a intrigué et je me demandais si une aventure humaine compliquée, comme celle-là, était possible. Mais, au second reportage, je me suis dit qu’il fallait que j’aille voir. À l’époque, j’étais coiffeur maquilleur studio. J’étais à un tournant de ma carrière et j’en avais assez du côté superficiel de la mode. Cela a donc fait tilt. J’ai téléphoné au salon et j’ai dit : “Je suis votre homme, vous m’appelez quand vous voulez”. J’ai d’abord été bénévole, puis, il y a un an, la coiffeuse, qui était salariée, nous a quittés et je l’ai remplacée. »


CdP : « Qu’est-ce que cela représente, pour vous, de travailler dans ce salon, qui est tout sauf un salon comme les autres ? »

M.G. : « Ce n’est pas, en effet, un salon lambda et c’est, pour moi, beaucoup de bonheur. J’apporte à ces femmes, qui ont une histoire souvent très lourde, quelque chose auquel elles n’ont pas ou plus accès. Et, au-delà, nous tentons, avec toute l’équipe de bénévoles – coiffeurs, esthéticienne, assistante sociale, psychologues, sophrologue, consultante en image, gynécologues, dermatologues –, de les guider pour leur CV ou leur lettre de motivation, de leur redonner confiance en elles et de faire évoluer les choses. Le suivi dure un an, et les femmes viennent ici, en moyenne, tous les deux ou trois mois. Mais, si c’est leur anniversaire ou si elles ont un rendez-vous d’embauche ou même un rendez-vous galant, nous les faisons venir pour les coiffer, les maquiller ou leur prêter des vêtements, pour la modique somme de 3 €. Et elles repartent radieuses. »

CdP : « Ici, vous semblez être un peu plus qu’un coiffeur. Quel est, pour vous, le sens de ce travail ? »

M.G. : « Nous sommes là pour créer du lien social et faire oublier aux femmes ce qu’elles sont à l’extérieur. Certaines, d’ailleurs, ne repartent pas de la journée. Elles sympathisent entre elles, papotent, rient. Ici, elles se sentent en sécurité. Nous les invitons aussi parfois à déjeuner dans un restaurant du XXe arrondissement que je connais et qui nous offre le repas. Et nous essayons d’organiser des sorties, une fois par mois, avec une douzaine de femmes, au musée du quai Branly ou au musée d’Orsay, qui met des places gratuites à notre disposition. C’est là encore l’occasion de se retrouver dans un autre contexte, de se rencontrer et de leur donner envie d’apprendre des choses. On finit autour d’un café, comme le jour où nous sommes allés voir l’exposition “Cheveux chéris” au quai Branly. Cela crée des rapports différents. »

CdP : « Comment faites-vous, au quotidien, pour tenir le choc avec toutes ces femmes qui n’arrivent pas à refaire surface ? »


M.G. : « Si l’on est un peu fragile, cela ne peut pas fonctionner. Je ne peux donc pas me permettre d’être une éponge. Alexandre de Paris, chez qui j’ai travaillé trois ans, avant que le salon ne soit racheté par Michel Dervyn, disait que le salon est un théâtre et qu’une fois sa veste posée, il fallait être des acteurs et faire rêver les clientes. Il disait aussi que la femme est comme le papillon, qu’il fallait faire sortir de sa chrysalide, pour qu’elle devienne la plus belle du monde. J’applique ces préceptes à la lettre dans ce salon. Je ne leur demande rien sur leur histoire, mais je tente de leur apporter de la joie. Et, si une femme me parle de ses problèmes, je l’écoute, mais je ne surenchéris jamais. Je cherche, en plaisantant même sur des sujets graves, à la faire rire et à lui faire comprendre qu’elle n’est pas seule, qu’il y a des histoires encore plus dures que la sienne et qu’il faut lutter. J’essaie aussi de les rendre belles et heureuses. Ce n’est que du bonheur pour moi aussi. »

Photos et propos recueillis par
 Bénédicte de Valicourt


Les bénévoles, coiffeurs ou esthéticiennes, ainsi que les dons sont les bienvenus.

Tél. : 01 42 59 43 36.





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