Aldo Signoretti

Moteur, coupez  11/2013

Aldo Signoretti dans son studio avec la perruque portée par Nicole Kidman dans Moulin rouge

Création pour le Don Giovanni de Carlos Saura

Création pour le Don Giovanni de Carlos Saura

Avec Kathy Bates sur le tournage de "Dolores Clayborne" de Taylor Hackford

Avec Martin Scorsese sur le tournage de Gangs of New York

Avec Fanny Ardant

Sur le tournage de Apocalypto de Mel Gibson

Avec l'actrice italienne Tea Falco

Avec John Lone su rle trounage de M. Butterfly de David Cronenberg


© DR

Aldo Signoretti mène une carrière internationale depuis le début des années 1970. Il a coiffé et maquillé les plus grandes stars et a collaboré avec les plus grands réalisateurs. deux fois oscarisé pour son travail de perruquier-coiffeur, il est, à partir de septembre, l'acteur principal de « Hair 35 mm », d'Alexandre Molinari, un film sponsorisé par Davines.

Coiffure de Paris : « Vous ne seriez pas arrivé là, si ? »

Aldo Signoretti : « Je viens d’une famille vivant dans un quartier populaire de Rome, qui est devenu très à la mode aujourd’hui. Mon père travaillait comme cascadeur pour le cinéma italien. Il a connu la dolce vita des années 1960. J’ai passé beaucoup de temps avec lui sur les tournages pendant mon enfance, mais je ne voulais pas spécialement le suivre dans cette vie-là. Mais, le temps a fini par m’y amener d’une façon différente. »

CdP : « Votre métier est-il une vocation ou cela est-il arrivé par hasard ? »

A.S. : « Je dirais par hasard. Je crois que c’était sûrement une passion depuis l’enfance, une passion pour les cheveux que j’ignorais moi-même, mais que j’ai toujours eue. J’ai commencé dans un salon de coiffure traditionnel, j’y ai appris avec de vrais artisans du cheveu. Mais, je regardais aussi beaucoup de films qui me touchaient particulièrement par leur beauté, leur esthétisme. J’aimais beaucoup le travail de Maria Thérèsa Corridoni, une formidable coiffeuse italienne, et puis, un jour, la vie me l'a fait rencontrer et je suis devenu son assistant. C’est elle qui m'a mis le pied à l’étrier, j’ai appris beaucoup à ses côtés. »

CdP : « Quand vous réalisez des coiffures historiques, cherchez-vous à être au plus près des références historiques ou vous donnez-vous une part de liberté et de libre interprétation? » 

A.S. : « En débutant ma carrière aux côtés de Visconti et de costumiers tels que Piero Tosi, j’ai pu apprendre la passion et la précision de la reconstruction de la coiffure historique, mais j’ai parfois essayé de me donner une part de liberté et une touche de modernité. Quelle que soit l’époque, je dois, avant tout, être visagiste, trouver ce qui embellira mes acteurs et actrices. »

CdP : « Où trouvez-vous votre inspiration ? Certaines coiffures vous demandent-elles beaucoup de recherche ? »

A.S. : « Fellini me disait toujours : "Regarde les gens dans la rue, dans le métro, les gens ordinaires de ton quotidien". Alors oui, je trouve mon inspiration dans le monde, à travers tout ce qui m’entoure, à partir de visites de musées, etc. Mais, il faut, bien sûr, aussi faire beaucoup de recherches en fonction des films que je prépare. »

CdP : « Le réalisateur intervient-il ou vous laisse-t-il totalement libre ? »

A.S. : « Oui, le réalisateur tient une place importante, la construction d’un personnage est quelque chose de complexe et demande une grande responsabilité. J’ai besoin de sa vision des personnages. Le dialogue et la communication entre nous sont une aide précieuse, qui enrichit mon travail, très souvent, il me donne une entière liberté. »

CdP : « Quelle est la coiffure la plus compliquée que vous ayez eu à réaliser ? Pour quel film, et combien de temps cela vous a-t-il pris ? »

A.S. : « Tout peut être compliqué et simple à la fois… Par exemple, les coiffures les plus simples sont souvent les plus compliquées à réaliser, c’est toujours un challenge d’arriver justement à leur donner une fraîcheur réaliste et naturelle. Je dirais que l’actrice la plus difficile, pour moi, a été Nicole Kidman pour "Moulin Rouge", cette coiffure qui a fait le tour du monde. Je l'ai cherchée longtemps et, le matin même du tournage, je ne savais pas encore ce que j’allais faire. J’ai laissé faire mes mains et mon inspiration a fait le reste.  Voilà comment cette coiffure est née. »

CdP : « Vous avez coiffé ou maquillé les plus grandes stars, de Sharon Stone à Al Pacino, en passant par Charlize Theron, Anne Bancroft, Kathy Bates, Kim Basinger, Sylvester Stallone et Julianne Moore, de qui gardez-vous un bon souvenir? Et quelle a été la rencontre la plus difficile? » 

A.S. : « Je crois que les grands acteurs sont, avant tout, de grands professionnels et, lorsque l’on se rencontre, l’alchimie se fait. Ils ont confiance en moi et, au final, ensemble on arrive à trouver LE look qui leur convient, par rapport au personnage qu’ils doivent incarner. C’est vraiment une rencontre entre deux professionnels qui se guident l’un l’autre. »

CdP : « Quel est le réalisateur dont vous vous êtes senti le plus proche ? Pourquoi ? »

A.S. : « J’ai travaillé avec beaucoup de réalisateurs durant ma carrière, mais c’est certainement de Baz Luhrmann dont je me suis senti le plus proche, sa folie créative et sa passion du cinéma, sa vision, sa sensibilité décalée. Je n’oublie pas non plus Fellini, qui m’a enseigné la grandeur et m’a appris à être visionnaire. Il m’a permis de créer des images. Et aussi Bertolucci pour sa sincérité, son talent et sa poésie. Mais, je crois que ma chance a été que chacun d’entre eux m’ait laissé ma liberté et m’ait permis de laisser libre court à ma créativité. »

CdP : « Vous avez reçu par deux fois des Oscars pour votre travail. Quel effet cela fait-il d'être récompensé pour son travail ? »

A.S. : « Le plaisir de faire ce que j’aime comme travail, le plaisir d’être présent dans la vie, le plaisir de transmettre cet art artisanal. Ces Oscars sont de belles reconnaissances pour mon travail, mais ce n’est pas une fin en soi. Mes plus beaux souvenirs sont ceux passés sur les plateaux, les mois de dur travail avec tous mes collaborateurs, en créant, jour après jour, de belles images. Je vois mon travail comme un jeu, un jeu auquel j’aime jouer encore et encore, dans lequel je m’épanouis et qui me rend très heureux. »

CdP : « Qu'est-ce qui compte le plus pour vous dans votre vie aujourd'hui ? »

A.S. : « Les valeurs humaines, l’honnêteté, la confiance, la beauté dans les choses, la compréhension, la passion de mon savoir-faire d’artisan Perruquier – Coiffeur , mon rôle de transmetteur de ce savoir-faire auquel je tiens énormément . »

CdP : « Vous êtes l'acteur principal du film "Hair 35 mm", sponsorisé par Davines, qui va sortir en septembre. Quel effet cela fait-il d'être ainsi la vedette d'un film, alors que, jusqu'à maintenant, vous étiez plutôt l'acteur invisible des films sur lesquels vous avez travaillé ? »

A.S. : « C’est un documentaire réalisé par Alessandro Molinari, un artisan du cinéma, un amoureux de l’image, à la recherche des dessous des coulisses du cinéma. Oui, c’est vrai, j’ai toujours été un acteur invisible, et cela ne changera pas. Je resterai cet homme de l’ombre, cet homme de derrière l’écran, au service de l’image. »

Propos recueillis par Bénédicte de VALICOURT



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