Hair Fashion de Laurent Philippon 11/2013



La coiffure, chez les Philippon, est, avant tout, une histoire de famille. Il y a Roger, le père qui avait un salon à Oyonnax, repris par Eric, l’un de ses deux fils. , Laurent, le frère, devenu coiffeur studio sur les plus grands défilés du monde. Cet homme élégant, à l’air d’éternel jeune homme, qui réalise, ce mois-ci, notre training, publie « Hair Fashion and Fantasy », aux prestigieuses éditions anglaises Thames & Hudson. Un ouvrage, tiré à 23 000 exemplaires, une exception, pour une sortie mondiale en Australie, en Inde, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et, en France, chez Colette et à la librairie 7 L, de Karl Lagerfeld, qui lui dédie sa vitrine. Une somme passionnante, avec des photographies exceptionnelles des plus grands stylistes et photographes du monde, qui pourrait bien devenir, un ouvrage de référence.

C.d.P. : « Pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce livre ? »
L.P. :
« L’idée est née il y a 9 ans environ. Et le résultat est très fidèle à mon idée de départ, avec un découpage qui rassemble à peu près tout ce que l’on est amené à faire en coiffure studio, des tresses au blond, en passant par le chignon ou les boucles. J’avais envie de faire un livre “initiatique” pour tous ceux qui n’ont pas accès au monde de la mode. J’y pose mon œil de professionnel du cheveu sur l’histoire de la coiffure. Avec une mise en parallèle de moments choisis de l’histoire de la coiffure qui, lors des “shootings” photos, servent de référence aux images de mode. Mon souhait était de faire partager cette expérience, avec un livre basé sur des recherches sérieuses, tout en étant visuel et ludique.»

C.d.P. : « Cela a-t-il été un travail de longue haleine ? »
L.P. : « Monstrueux. C’était un projet très ambitieux pour l’iconographie, qui coûte terriblement cher. Il y a donc eu beaucoup d’embûches sur le chemin, avec des maisons d’éditions françaises qui m’ont fait traîner ou ont pris le livre en otage. Un mécène tombé du ciel qui m’a obligé à stopper le projet. Et c’est, finalement, Jean-Paul Goude qui m’a recommandé à Philip Watson, des éditions Thames & Hudson. Je lui ai envoyé un mail en janvier 2010. Il venait la semaine suivante à Paris et il a tout de suite compris le projet. Heureusement, Bumble & bumble m’a soutenu dès le début. »

C.d.P. : « Finalement, ces années de recherche vous ont-elles aidé à mener le projet à bien ? »
L.P. : « Oui, elles m’ont permis de mûrir le projet. J’ai ainsi eu le temps de faire un voyage au Mali, de rencontrer Joséphine Patereck, auteur de l’Encyclopédie du costume amérindien, qui travaillait à l’université du Wisconsin et est aujourd’hui à la retraite. Je suis également allé au temple de Tirupati, en Inde en 2012, où les fidèles offrent leurs cheveux aux divinités, avant qu’ils soient revendus sur le marché du cheveu. J’ai aussi eu la chance d’aller voir une exposition consacrée à Antoine à Varsovie, en 2009. J’y ai rencontré Ewa Ziembinska, conservateur du Musée national de Varsovie, une passionnée d’Antoine, qui est finalement devenue l’un des contributeurs du livre. »

C.d.P. : « Quel a été le plus grand moment de cette quête ? »
L.P. : « La signature du contrat avec l’éditeur. Ce jour-là, d’un seul coup, le projet est devenu concret. Je n’avais jamais imaginé trouver un éditeur aussi prestigieux. Il y a eu aussi la rencontre avec Vidal Sassoon. Je suis très heureux que le livre s’achève sur de ses merveilleuses phrases. »

C.d.P. : « Des anecdotes ? »
L.P. : « Oui, il y a eu pleins de moments drôles, notamment lors de la quête des photographies. Nous avions, par exemple, contacté la galerie de Duane Michals. Je voulais obtenir les droits sur la photographie que nous avions réalisée ensemble. Ils ont mis des mois à nous répondre. Et puis, un jour, j’étais dans mon hôtel new-yorkais préféré. Je me suis aperçu qu’un certain Duane habitait à deux rues de là. J’ai décidé de lui écrire une lettre manuscrite et de la déposer là-bas. Le lendemain, j’y suis allé et j’ai sonné à la porte. C’est lui qui a ouvert et qui m’a gentiment répondu qu’il n’avait pas besoin d’un coiffeur. Puis, finalement, je lui ai laissé mon téléphone. Une semaine plus tard, il m’a appelé. Il avait passé deux jours à chercher la photo dans la cave, qu’il m’a offerte. Il y a eu des histoires comme celles-là pratiquement pour chaque photo et il y en a 230 dans le livre, dont 80 que j’ai obtenues gratuitement d’amis ou de gens que je connais. La plus chère est le portrait de Julien D’Ys par Annie Leibowitz. Cela a été une quête géniale, pleine de rebondissements. »

C.d.P. : « Avez-vous découvert des choses que vous ignoriez ? »
L.P. : « Oui, plein de techniques anciennes de coiffage ou même des coiffures. Comme celle du chef Tutsi, page 164, qui porte la coiffure “Mutussi”, ce qui lui donne l’air d’un Allien. C’est l’une de mes photos préférées. »

C.d.P. : « Et avec les contributeurs, cela s’est bien passé ? »
L.P. : « La plupart des contributeurs sont des amis ou des clients. Et il y a eu beaucoup de collaborations heureuses, par exemple avec Stéphanie Laithier, historienne à la Sorbonne, ou Claudine Roméo, professeur de philosophie de l’esthétique à la Sorbonne, ou encore Kathy Phillips, rédactrice en chef beauté des “Vogue Asie”, qui m’a écrit un très beau texte sur l’histoire du blond, ou David Lachapelle, que je connais bien. C’est un beau casting. Je tiens aussi à remercier Margaux Duroux et Virginie Schwob, mes bras droits, qui m’ont tant aidé. Mon vœu le plus cher maintenant, c’est que le livre soit traduit en français. Ce serait la suite logique. »

C.d.P. : « Et, pour finir, Laurent, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous? »
L. P. : « J’ai fait mon apprentissage dans une franchise Maurice et Gérard (Maurice Mélone), et j’ai fait pas mal de concours, puis, à 18 ans en 1988, je suis parti à Paris pour faire mon service militaire chez les pompiers. Très vite, je suis devenu le coiffeur de la caserne et, comme j’avais le samedi de libre, je me suis présenté chez Alexandre. Il a ouvert de grands yeux et a accepté. à la fin de mon service, il m’a embauché. J’ai monté les échelons rapidement et je faisais déjà beaucoup de studio pour les maisons de couture. Tous les matins, je me réveillais en me disant que c’était génial. Il avait une clientèle extraordinaire. Parfois, j’avais la chair de poule, en le regardant travailler. C’était comme un ballet. C’était un virtuose de la coiffure. Quand Michel Dervyn a repris le salon, il m’a licencié. Le soir même, j’ai appelé une copine mannequin, qui m’a emmené aux Bains Douches. Elle m’y a présenté Julien D’Ys qui, le lendemain, m’a embauché à l’agence Atlantis comme assistant. Là, j’ai redémarré de zéro, c’était un milieu que je ne connaissais pas, et il m’a fallu un petit temps d’adaptation, avant de pouvoir voler de mes propres ailes. »

Propos recueillis par Bénédicte de Valicourt

« Hair Fashion and Fantaisy », de Laurent Philippon, Ed. Thames & Hudson,  320 pages, 29,95 €.




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